Révélations de Mediapart sur Bardella : sur CNews, deux fois moins d'antenne et un messager mis en cause
Face aux révélations de Mediapart sur Jordan Bardella, CNews en a parlé deux fois moins que BFM TV et France Info. Sur son antenne, près de deux mentions de Mediapart sur trois sont négatives, contre quatre sur dix ailleurs.
Le lundi 28 septembre, Mediapart publie une enquête qui attribue à Jordan Bardella des propos antisémites tenus par écrit vers 2013, quand il avait 17 ou 18 ans. Le président du RN dément, dénonce des faux et porte plainte pour diffamation ; Mediapart maintient et annonce d'autres publications. Comment les quatre chaînes d'info ont-elles traité cette première vague ? Qui en a parlé, quand, sur quel ton, et à qui ont-elles donné la parole ? Analyse chiffrée, extraits à l'appui.

Correctif du 5 octobre 2026. Une erreur dans notre détection des rediffusions confondait entre elles les phrases qui se terminent par le même nom, comme « … de Mediapart. ». Nous avions écrit que la défense de Jordan Bardella avait été rediffusée 52 fois sur CNews : elle a été prononcée une fois, en direct. Les pourcentages de ton envers Mediapart et les mentions de Fabrice Arfi ont été recalculés avec la méthode corrigée ; les mentions négatives de Mediapart sur CNews passent de 68 % à 64 %. Les conclusions de l'article ne changent pas.
Ce qui a été publié, et ce qui a été répondu
Les faits, tels que les chaînes les ont rapportés, tiennent en quelques phrases. Mediapart affirme disposer de conversations écrites, authentifiées selon le journal, dans lesquelles Jordan Bardella aurait tenu des propos antisémites au début de son engagement politique. L'intéressé dément, parle de faux et porte plainte pour diffamation. VigiNews ne se prononce pas sur le fond : cet article mesure la façon dont les chaînes d'info ont couvert l'affaire, et ne reproduit pas les propos attribués au président du RN.
Mediapart qui dit avoir mis la main sur des échanges de l'actuel président du RN, Jordan Bardella, au début de sa carrière politique.
Vous pensez bien que Mediapart ne publie pas ce genre d'informations si nous ne sommes pas sûrs à 200% de ce que nous avons.
Écoutez donc Jordan Bardella qui parlait de propos délirants ce soir au micro de Pascal Praud. Ces propos sont parfaitement délirants.
Marine Le Pen parle d'accusations folles et de dingueries.
Le journal Mediapart l'accuse d'avoir tenu des propos antisémites en 2013, ce qu'il dément formellement. Plusieurs plaintes ont été déposées pour diffamation ou encore faux et usage de faux.
Mediapart a annoncé une suite. Cet article porte sur la première vague, jusqu'au mercredi 30 septembre à 13 h 33.
Le problème, c'est que Mediapart dit être sûr de ces informations et Mediapart qui dit même avoir d'autres révélations qui devraient feuilletonner dans les prochains jours.
Qui en a parlé, et quand
LCI est la première à s'emparer de l'enquête, dès 16 h 23 le lundi. BFM TV suit à 17 h 48, avec le responsable du pôle enquête de Mediapart en direct, France Info à 18 h 03, CNews à 18 h 35. Puis l'affaire écrase tout : sur chaque chaîne, Jordan Bardella passe d'environ un passage de candidat sur dix à plus de quatre sur dix.
Passages consacrés à l'affaire, heure par heure, depuis le lundi 28 septembre à 15 h
Les volumes, eux, divergent. En tout, VigiNews relève 4 323 passages consacrés à l'affaire, rediffusions comprises : 1 586 sur France Info, 1 320 sur BFM TV, 902 sur LCI et 515 sur CNews. Rapporté à ce que chaque chaîne dit à l'antenne, CNews en a parlé 2,0 fois moins que BFM TV et 2,2 fois moins que France Info.
Passages consacrés à l'affaire, par million de caractères transcrits
La parole donnée : Jordan Bardella sur CNews, Mediapart ailleurs
Dès le soir de la publication, c'est sur CNews que Jordan Bardella vient répondre en direct, chez Pascal Praud, de 20 h 40 à 21 h environ. La chaîne en fait ensuite le cœur de sa soirée : les émissions suivantes reviennent sur l'entretien et en diffusent des extraits.
On n'a jamais rien trouvé à me reprocher. Et c'est sans doute ça qui perturbe les journalistes de Mediapart.
Eh bien, je vous remercie, Jordan Bardella, d'avoir été avec nous, d'avoir démenti ces accusations de Mediapart,
Sur ces deux jours, les phrases les plus reprises le sont une quinzaine de fois au plus sur une même chaîne. En tête vient la réponse de Marine Le Pen à une journaliste de Mediapart, au salon Batimat : « Je n'ai aucune confiance dans Mediapart ». On l'entend 16 fois sur France Info, 10 fois sur LCI, 9 fois sur BFM TV, et jamais sur CNews.
L'autre versant de la parole donnée, ce sont les journalistes de Mediapart. Fabrice Arfi, responsable du pôle enquête, est reçu en direct sur BFM TV dès le lundi soir, puis sur France Info. Dans nos transcriptions, on ne le voit accueilli ni sur CNews ni sur LCI : il y est cité 4 fois sur CNews et 1 fois sur LCI, contre 16 fois sur France Info.
Déjà nous à Mediapart, ça fait plusieurs années qu'on travaille et qu'on documente les faux semblants de la dédiabolisation du RN.
Sur CNews, le messager en accusation
Chaque phrase qui cite Mediapart depuis la publication a été classée par le modèle Jev : le passage présente-t-il le journal et son enquête comme crédibles, les met-il en cause, ou en parle-t-il de façon neutre ? La personne qui parle n'entre pas en compte, parce que le choix des invités fait partie de la ligne d'une chaîne. Sur CNews, 64 % des mentions de Mediapart sont négatives, contre 36 % sur BFM TV, 44 % sur LCI et 42 % sur France Info. Les mentions positives y tombent à 6 %, contre 12 % à 15 % ailleurs.
Comment Mediapart est présenté, par chaîne : mentions négatives, neutres, positives
Le vocabulaire le confirme : les mots qui disqualifient le journal (militant, partisan, extrême gauche, feuilleton, haine, condamnations passées) figurent dans 27 % des passages de l'affaire sur CNews, contre 16 % à 20 % ailleurs.
Donc Mediapart est un outil politique, fait les campagnes présidentielles de leurs ennemis politiques, ça commence aux Républicains, ça va jusqu'à Reconquête en passant par le Rassemblement National.
Donc, il y a même des erreurs factuelles dans les dates qui sont appréciées et écrites et rédigées par les journalistes de Mediapart qui sont, comme beaucoup de journalistes de gauche, aveuglés par la haine qu'ils portent envers le Rassemblement National.
Les critiques existent aussi sur les autres chaînes, souvent dans la bouche de responsables du RN invités à réagir. Mais elles y rencontrent plus souvent une réponse.
Mediapart est l'ennemi médiatique du Rassemblement National, on le sait depuis très longtemps.
Parce que quand Mediapart sort une enquête documentée, en général, ils le font à vraiment préparer leur coup avec beaucoup d'attention.
Je sais qu'en général, quand Mediapart publie des choses, c'est qu'il y a un travail journalistique très important.
Généralement, quand Mediapart, ils arrivent avec des enquêtes comme ça, c'est quand même extrêmement solide.
Sur CNews aussi, la défense du journal a eu sa place, mais rarement.
On peut ne pas aimer Mediapart, on peut critiquer Mediapart, on peut avoir des doutes sur les méthodes de Mediapart, mais on ne menace pas des journalistes.
Le ton sur Jordan Bardella
Sur les quatre semaines précédentes, entre 13 % et 21 % des passages consacrés à Jordan Bardella étaient négatifs selon les chaînes. Depuis la publication, cette part monte partout, mais pas au même niveau : 36 % sur France Info, 34 % sur LCI, 32 % sur CNews et 26 % sur BFM TV. Seule CNews voit aussi doubler la part de passages positifs, de 6 % à 14 % : ses plateaux ont davantage fait entendre la défense du président du RN.
Part de passages négatifs et positifs sur Jordan Bardella, quatre semaines avant et depuis la publication
Les mots de l'affaire
Toutes les chaînes ont parlé de plainte, de complot supposé et de prudence (le conditionnel, « selon Mediapart »), dans des proportions voisines. Deux écarts ressortent. France Info nomme le plus souvent l'antisémitisme, dans 36 % des passages, contre 24 % sur BFM TV. CNews parle le plus de preuves (17 % des passages), souvent pour en réclamer ou pour en contester l'existence.
Part des passages de l'affaire qui contiennent chaque famille de mots, par chaîne
Un autre sujet dans le même temps
Sur la même période, l'actualité offrait un autre sujet de plateau : les blocages de lycées, à Saint-Denis notamment. CNews y a consacré 1 078 phrases, deux fois plus que les 515 passages qu'elle a consacrés à l'affaire Bardella. Sur les trois autres chaînes, l'écart est bien moindre : 1,4 phrase sur les lycées pour une sur l'affaire sur BFM TV, 0,9 sur LCI et 0,9 sur France Info.
Affaire Bardella et blocages de lycées : phrases consacrées à chacun, par chaîne
Ce que ces chiffres disent, et ce qu'ils ne disent pas
Ces données mesurent ce qui se dit à l'antenne, pas ce qui est vrai : VigiNews ne se prononce ni sur l'authenticité des écrits publiés par Mediapart ni sur le bien-fondé des critiques adressées au journal. Jordan Bardella conteste les faits et a porté plainte. Le classement des phrases est automatique : une mention isolée peut être mal classée, et les transcriptions contiennent des erreurs. Les rediffusions comptent, comme pour le téléspectateur ; les proportions de ton envers Mediapart portent sur les phrases distinctes. Le décompte des blocages de lycées retient toutes les phrases qui parlent de lycées ou de blocages, et n'est qu'un ordre de grandeur.
Le constat tient en trois points. CNews a moins parlé de l'affaire que ses concurrentes, deux fois moins que BFM TV et France Info à temps d'antenne égal. Quand elle en a parlé, elle a davantage mis en cause Mediapart : près de deux mentions sur trois y sont négatives, contre quatre sur dix ailleurs. Et elle a donné au président du RN la première tribune de sa défense, dès le premier soir, quand BFM TV et France Info recevaient les journalistes de Mediapart.
Tous les chiffres sont issus des données de VigiNews, du lundi 28 septembre à 15 h au mercredi 30 septembre à 13 h 33. La méthode de notation est la même que celle décrite sur la page Présidentielle 2027. Voir aussi le classement hebdomadaire des candidats et Marine Le Pen et Jordan Bardella sur les chaînes d'info.
Source à citer : VigiNews, vigi.news. Les extraits sont des transcriptions automatiques de propos tenus à l'antenne ; ils peuvent contenir des erreurs de transcription et n'identifient pas la personne qui parle.