Violences du 17 octobre : qui a défendu la police, qui l'a mise en cause
De l'exécutif à l'extrême droite, une même ligne : fermeté, soutien aux forces de l'ordre, et l'ultragauche, souvent La France insoumise, désignée comme responsable. À gauche, presque tous ont condamné les violences, mais en accusant d'abord le gouvernement ou la doctrine du maintien de l'ordre. Aucun responsable n'a soutenu les casseurs ; trois ont relativisé la violence.
Samedi 17 octobre, 550 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur, 800 000 selon les organisateurs, ont manifesté contre la vie chère, à l'appel de « nouveaux gilets jaunes », de la CGT et en soutien au mouvement lycéen. La journée a tourné à l'émeute dans plusieurs villes : pillages à Paris, Lyon et Marseille, hôtels de ville envahis, celui de Limoges détruit par le feu. Dimanche midi, on comptait 1 800 interpellations et 500 policiers et gendarmes blessés. VigiNews a suivi la journée sur les chaînes d'information et relevé ce que chaque responsable politique en a dit.

En bref
- De l'exécutif à l'extrême droite, la même ligne : soutien aux forces de l'ordre et fermeté. Le gouvernement désigne l'ultragauche, et le Premier ministre place La France insoumise dans une « nébuleuse d'extrême gauche ». La droite et l'extrême droite y ajoutent un reproche : l'impréparation du gouvernement. Dimanche soir, le président parle de « factieux » d'ultragauche, et Marine Le Pen fait de LFI la « branche politique » des casseurs.
- À gauche, 13 responsables sur 15 condamnent les violences. Mais la plupart mettent en cause le gouvernement ou la doctrine du maintien de l'ordre. Les maires de Paris et de Lyon s'en tiennent à la condamnation ; celui de Marseille accuse l'État de l'avoir laissé sans moyens.
- À La France insoumise, la police et le pouvoir d'abord. Jean-Luc Mélenchon écrit que « le désordre est organisé par le préfet », puis, le soir, que ceux qui partagent son combat « n'ont rien à faire dans le pillage ». Aucun responsable n'a soutenu les casseurs ; trois ont relativisé la violence, dont le maire insoumis de Saint-Denis.
- Un reproche commun, de la gauche à l'extrême droite : le manque de moyens. Le maire PS de Marseille, le maire LR de Limoges et un eurodéputé RN disent la même chose : les forces de l'ordre étaient trop peu nombreuses ou à court de munitions.
- Les chaînes n'ont pas raconté la même journée. Le sujet a occupé 44,2 % de l'antenne de BFM TV, 43,9 % de celle de LCI et 51,1 % de celle de France Info. France Info a parlé trois fois et demie plus de « vie chère » que BFM TV, et quatorze fois plus de « violences policières ». CNews a parlé cinq fois plus d'« insurrection » que les autres, et n'a reçu en plateau qu'un seul élu de gauche.
Ce que nous avons mesuré
VigiNews transcrit en continu BFM TV, LCI, France Info et CNews. Pour cet article, nous avons relu tout ce que BFM TV, LCI et France Info ont dit de la journée, du samedi 8 h au dimanche après-midi. Pour mesurer la place du sujet, chaque phrase est rapportée à tout ce que la chaîne a dit : 6 millions de caractères transcrits du samedi 6 h au dimanche 13 h sur les trois chaînes. Notre enregistreur de CNews était en panne de mercredi soir à dimanche 12 h 48 : pour samedi et dimanche matin, nous avons transcrit les 13 émissions complètes (22,8 heures) et les extraits que la chaîne a elle-même mis en ligne. Les heures de diffusion de CNews ne sont donc pas connues avec précision, et ses chiffres portent sur ces émissions.
Une réaction est retenue quand la personne s'exprime elle-même : en plateau, en direct, dans une interview ou une déclaration diffusée, ou dans un message lu à l'antenne. Les propos seulement résumés par un journaliste sont signalés comme tels. Chaque citation a été retrouvée mot pour mot dans nos transcriptions ; seuls des noms mal transcrits ont été rétablis. Les heures sont celles de la première diffusion relevée, à un quart d'heure près.
Pour chacun des 52 responsables politiques retenus, nous indiquons la position qui domine dans ce qu'il ou elle a dit à l'antenne, sur une échelle qui va du soutien appuyé aux forces de l'ordre à la justification de la violence. Ce classement reste une lecture : le tableau donne pour chacun ses mots et ses nuances.
La journée, heure par heure
Samedi matin : une journée annoncée sous haute tension
La journée commence dans le calme, avec des barrages et des blocages épars à Lille, Rennes, Montauban ou Marseille. À Lyon, vers 8 h, une centaine de personnes vêtues de noir sont dispersées au gaz lacrymogène. À Paris, les commerces sont barricadés, les abords des lieux de pouvoir interdits, et près de 3 000 CRS et gendarmes mobiles déployés ; 40 personnes sont interpellées pour port d'armes prohibées dès 9 h 30. Les prévisions vont de 60 000 à 190 000 manifestants.
Avant le premier incident, l'exécutif a déjà fixé le cadre. Emmanuel Macron a appelé au calme la veille au soir, à Bruxelles. Sébastien Lecornu a convoqué une cellule interministérielle de crise et désigné l'ultragauche. Laurent Nuñez a autorisé toutes les armes intermédiaires, grenade assourdissante comprise.
Et donc moi j'appelle au calme et au respect pour préserver ce droit, nous tous.
Les instructions que j'ai passées sont très claires Les policiers et les gendarmes doivent pouvoir utiliser l'ensemble des armes intermédiaires à leur disposition Ça va de la grenade lacrymogène au lanceur de balles de défense dans des conditions qui sont celles d'un contexte d'extrême difficulté
L'opposition se partage déjà. Jordan Bardella a présenté la mobilisation, la veille, comme un prétexte pour « la France du chaos » rassemblée derrière Jean-Luc Mélenchon : le RN dit comprendre la colère mais n'appelle pas à manifester. Fabien Roussel appelle au contraire à élargir le mouvement, et La France insoumise annonce sa présence dans les cortèges. Sur France Info, le maire insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko, maintient une phrase qui lui a été reprochée.
La violence peut être légitime, mais elle doit être évitée.
Midi : la place de la République s'embrase, la mairie de Marseille envahie
Vers 12 h 30, avant même le départ des cortèges, la place de la République, à Paris, bascule dans les affrontements : projectiles et tirs de mortiers d'un côté, gaz lacrymogènes, grenades et charges de l'autre. À Marseille, la Canebière connaît barricades et pillages, le poste de police municipale est forcé, puis, vers 13 h 30, des émeutiers pénètrent dans le hall de l'hôtel de ville et mettent à terre la Marianne. À midi, on compte 166 interpellations en France.
Le maire de Marseille, Benoît Payan, distingue d'emblée manifestants et casseurs, et réclame qu'ils soient présentés à la justice. Mais il accuse aussitôt l'État.
j'avais évidemment demandé à la préfète de police d'organiser la sécurisation de ces lieux ce qui n'a pas été fait une seule compagnie de CRS pour une ville qui fait 5 fois Lyon, 2 fois et demi Paris c'est évidemment sous-dimensionné
Ce reproche traversera tous les camps. Le ministre de l'Intérieur le contestera le soir même, mais l'eurodéputé RN Matthieu Valet, ancien commissaire, donnera raison au maire de Marseille sur BFM TV : les forces y étaient « clairement en sous-nombre ».
À gauche, Marine Tondelier, interrogée dans le cortège, condamne la violence en incriminant la doctrine du maintien de l'ordre. Côté insoumis, la députée Clémence Guetté accuse le ministre lui-même.
moi je condamne toute forme de violence ça a toujours été mon cas donc je déplore que des lycéens soient blessés que des policiers soient blessés que des proviseurs, que des professeurs soient blessés mais à un moment c'est la doctrine du maintien de l'ordre français qui fait ça.
Vous organisez le chaos, donnez des consignes de désescalade pour cette journée de manifestation.
Début d'après-midi : Lyon, l'office du tourisme en feu
À 14 h 15, le cortège officiel part de la République vers la place de Clichy et défile dans le calme, pendant que les heurts continuent autour de la place. À Lyon, l'antenne de l'office du tourisme, place Bellecour, est pillée puis incendiée ; les pompiers ne peuvent pas l'approcher pendant plus d'une heure. À 14 h, on compte 223 interpellations en France.
Vers 14 h 40, l'extrême droite réagit par messages sur les réseaux. Jordan Bardella oppose « la France du travail », qui ne serait pas dans la rue, aux « professionnels du chaos ». Marine Le Pen reconnaît des revendications « légitimes » et accuse l'extrême gauche de les avoir détournées.
Les revendications sociales légitimes ont une nouvelle fois été prises en otage par l'extrême gauche
Jean-Luc Mélenchon, qui rejoint le cortège parisien vers 16 h, met en cause le préfet de police.
le désordre est organisé par le préfet qui interdit l'accès à la place de la République en gazant sans relâche
À Lyon, le maire écologiste Grégory Doucet condamne sans réserve, et refuse de faire du nombre de policiers le sujet du jour.
On ne peut absolument pas tolérer les assauts qui sont faits sur des basements publics, la casse de mobilier urbain, tout cela est intolérable et doit être condamné.
Fin d'après-midi : Paris pillé, les symboles du pouvoir visés
Entre 16 h et 18 h 30, la manifestation devient une émeute. Autour de la République, des magasins sont pillés et incendiés ; des cortèges sauvages remontent vers l'Élysée, la Madeleine, la Concorde et les Champs-Élysées. En région, ce sont surtout des symboles qui sont visés : les mairies de Lille et de Limoges, après celle de Marseille, la résidence de la préfète de Gironde à Bordeaux, les préfectures du Vaucluse et du Loiret. À Saint-Étienne, un manifestant de 17 ans a la main arrachée ; l'IGPN est saisie. La CGT annonce 500 000 manifestants ; on compte 272 interpellations.
Sur BFM TV, en duplex, Sandrine Rousseau condamne d'emblée les intrusions dans les mairies, puis consacre l'essentiel de son temps à la stratégie policière, sans condamner les pillages quand on l'interroge.
Que Nuñez, le ministre de l'Intérieur, pardon, je suis fatiguée, calme ces policiers, en fait.
Sur le même plateau, une heure plus tard, la droite répond par un soutien sans réserve aux forces de l'ordre, et une mise en cause du chef de l'État.
ce que nous on tient à faire au niveau des Républicains, c'est apporter tout notre soutien aux forces de l'ordre
Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, dit sa colère contre les casseurs en défendant la jeunesse mobilisée, sans se prononcer sur le dispositif policier. À 18 h, le Premier ministre réagit par écrit.
Je le dis, je suis dans une immense colère et je veux vraiment séparer le mouvement social d'un côté des casseurs qui se donnent en spectacle tel qu'on le voit abondamment sur toutes les images.
Je le dis clairement, nous ne nous laisserons pas intimider.
Samedi soir : l'hôtel de ville de Limoges en flammes
À Limoges, selon le maire LR Guillaume Guérin, 700 à 800 casseurs, sur 5 000 manifestants, arrivent en centre-ville vers 15 h 30 ; la police, à court de munitions, recule ; la porte de l'hôtel de ville est enfoncée au bélier et le feu est mis par la cave. L'hôtel de ville est envahi en fin d'après-midi ; les images de l'incendie passent à partir de 19 h 30 et, à 20 h 51, BFM TV annonce que le beffroi s'est effondré. L'hôtel de ville de Limoges devient l'image de la journée. Tous les responsables qui en parlent condamnent l'incendie ; ils se séparent sur la question des responsables.
À droite et à l'extrême droite, on accuse l'extrême gauche, et le gouvernement. Le maire de Limoges désigne un « déferlement de l'extrême gauche », mais réserve sa colère à l'État. Le RN y voit la main de « black blocs proches de LFI ». Henri Guaino, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, reproche de ne pas avoir protégé « ces symboles ».
Donc on est dans une hystérie la plus totale, mais moi j'en veux beaucoup ce soir au gouvernement.
brûlé, pillé par ce que la France insoumise appelle ceux de la Nouvelle France, donc à la fois des black blocs proches de LFI, à la fois des racailles de banlieue.
Au centre et à l'exécutif, on parle de sabotage et de sanctions. Pour le président de la République, ceux qui ont attaqué « les préfectures comme les commerces » et jusqu'aux mairies « seront poursuivis et punis ». Le député Horizons Laurent Marcangeli dit avoir « une pensée pour les habitants de Limoges et leur maire ».
Ça, ce sont des actes de sabotage du pays.
À gauche, on condamne, mais on refuse d'en faire le cœur du sujet. Sandrine Rousseau juge « inadmissible » l'incendie des mairies, mais ajoute que ce n'est « pas que ça le sujet ». Le lendemain, l'insoumis Éric Coquerel condamne à son tour, tout en jugeant l'affaire « commode » pour le ministre de l'Intérieur.
Je veux bien vous dire que c'est inadmissible d'avoir brûlé des mairies, des bâtiments publics, d'avoir saccagé des magasins.
je condamne ce qui s'est passé à la mairie de Limoges, il n'y a pas de souci.
Le soir : Laurent Nuñez désigne l'ultragauche, Lecornu et Mélenchon s'affrontent
À 19 h 44, en direct sur les trois chaînes, le ministre de l'Intérieur annonce 550 000 manifestants, dont 110 000 à Paris, environ 400 interpellations et 60 policiers et gendarmes blessés. Il écarte l'état d'urgence, défend un dispositif « pas sous-dimensionné », et désigne un coupable.
En marge de ces défilés, on a vu se constituer des groupes de casseurs, plusieurs centaines, plusieurs milliers parfois selon les lieux, à l'instigation très claire de l'ultra-gauche, je le redis, je pèse mes mots
La soirée devient une bataille entre le Premier ministre et Jean-Luc Mélenchon. Le second accuse le préfet de police ; le premier lui répond que « faire porter au chef de la police la responsabilité des violences est une inversion dangereuse, cynique des responsabilités », puis, à 20 h 28 : « Vous êtes co-responsable de cette violence ce soir. »
Le préfet est soit un provocateur aux ordres, soit un incompétent dangereux.
Monsieur Lecornu, vous avez joué avec le feu en comptant sur le pourrissement
Dans la soirée, Jean-Luc Mélenchon se démarque pourtant des pillages : ceux qui partagent son combat « n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage », écrit-il, ajoutant : « quelles que soient les responsabilités du pouvoir et ses incompétents ». À 19 h 48, Emmanuel Macron publie son seul message de la journée.
Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillés jusqu'à nos mairies, seront poursuivis et punis.
Sur les plateaux, chaque camp défend sa lecture. L'ex-insoumis Alexis Corbière condamne des violences « moralement inacceptables » et « politiquement absurdes », mais accuse le « macronisme ». Florence Portelli, LR, vise l'exécutif. Matthieu Valet, RN, accuse des députés insoumis d'avoir relayé des « kits » de casseurs. Clémentine Autain, ex-insoumise, refuse de condamner les attaques contre les mairies.
Je vais dire ce que je pense, c'est qu'elles sont moralement inacceptables et elles sont politiquement absurdes.
Je trouve que le chef de l'État et le Premier ministre ont l'air complètement absents depuis quelques temps de ce qui se passe dans ce pays.
C'est-à-dire que quand vous utilisez des moyens démocratiques dans ce pays et que vous êtes face à un pouvoir qui ne vous entend pas, le débat qu'ont les jeunes aujourd'hui, c'est alors qu'est-ce qu'il faut faire ?
Ségolène Royal pense « d'abord » aux policiers et aux gendarmes, mais refuse de parler d'extrême gauche et accuse l'État. Marine Tondelier, sur LCI, appelle à condamner « avec la plus grande fermeté », avant de reprocher au ministre de l'Intérieur un dispositif « complètement dépassé ». Bruno Retailleau dénonce une « violence anti-flics ».
Ça dit cette destruction de l'État par incapacité, par incompétence et par manque d'anticipation.
il faut condamner avec la plus grande fermeté les violences auxquelles on assiste là ce soir, en apportant son soutien évidemment aux pouvoirs publics, aux policiers, aux pompiers qui ont été énormément applaudis dans le cortège, aux commerçants qui perdent tout ce soir
Les forces de l'ordre font face à une sauvagerie sans limite dont le seul objectif est de blesser ou tuer des policiers et des gendarmes.
23 h 30 : « choisir son camp »
À la préfecture de police, avec Laurent Nuñez, le Premier ministre annonce 1 200 interpellations, 150 policiers et gendarmes blessés, des consignes pénales et l'examen au Sénat, fin octobre, du texte « casseur-payeur ». Il décrit une ultragauche « très organisée », qui préparerait « un tour de chauffe » avant la présidentielle, et vise La France insoumise. Sa déclaration tournera en boucle toute la nuit.
je pense que c'est le moment où il faut choisir son camp.
La réalité, c'est qu'il y a une nébuleuse d'extrême gauche dans laquelle la France Insoumise occupe une place importante et dans laquelle il y a des gens, il y a des groupuscules qui clairement sont sur un agenda de violence.
La réponse de Marine Tondelier, sur BFM TV, résume la position des Écologistes. Raquel Garrido, ex-insoumise, compare la formule au « nous ne sommes pas du même camp » du préfet Lallement et explique la violence par l'échec des voies pacifiques. Le sénateur PS du Nord Patrick Kanner, qui décrit Lille « humiliée, massacrée », choisit, lui, de soutenir sans réserve les forces de l'ordre, tout en refusant d'assimiler LFI aux casseurs.
Moi, je choisis le camp de la République, sans hésitation, mais pas le camp de la République en marche.
quand vous utilisez les modalités pacifiques et que ça ne produit rien, il me semble que naturellement, ça crée une sorte d'appel d'air pour les modalités non pacifiques.
Et donc, je le dis, j'apporte mon soutien aux forces de sécurité de notre République.
Dimanche : le bilan et la bataille des responsabilités
Au réveil, les chaînes font le tour des villes : rues pillées de Paris, presqu'île de Lyon, centre de Marseille, hôtel de ville de Limoges réduit à sa façade. Dimanche midi, le bilan fait état de 1 800 interpellations, de 500 policiers et gendarmes blessés, de 111 manifestants blessés, dont quatre en urgence absolue, et de 1 500 commerçants touchés. Un manifestant est mort samedi boulevard Magenta, à Paris, d'un arrêt cardio-respiratoire en marge du cortège. Matignon recevra les maires de Paris, Lyon et Marseille ; la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, veut proposer une commission d'enquête ; Emmanuel Macron s'exprimera à 20 h.
Les maires sont les premiers à parler. Celui de Limoges, LR, durcit le ton contre l'État, et menace de démissionner avec son conseil municipal s'il n'est pas entendu dans les 24 heures. Celui de Bordeaux, Renaissance, condamne et vise « toutes les forces extrêmes ». Celui de Lyon remercie les forces de sécurité.
C'est un aveu d'échec colossal au niveau des services de l'État et de la hiérarchie de notre police nationale.
Voilà, moi, je condamne avec la plus grande fermeté ce qui s'est passé dans les rues de Bordeaux jusqu'à tard hier soir.
Et c'est pour ça, encore une fois, que je tiens à remercier les forces de sécurité qui n'ont pas pu empêcher les pillages, qui n'ont pas pu empêcher que les biens soient cassés, mais par contre, qui ont tout fait pour que les personnes, que les vies soient préservées.
À gauche, la condamnation s'accompagne d'une mise en cause du ministre de l'Intérieur, dont l'ex-insoumis Alexis Corbière, puis le député LFI Éric Coquerel, réclament la démission ; un message du RN la demande aussi. La première adjointe PS à Paris, Lamia El Aaraje, dénonce un manque de moyens, sans demander de démission ; le maire écologiste du 11e arrondissement, David Belliard, juge le ministre « pas à la hauteur ».
après 9 ans de macronisme qui méprise, qui déforme nos standards démocratiques, on arrive à une situation où quand il y a une mobilisation sociale légitime, parce que c'est légitime la question des salaires, c'est légitime la mobilisation des lycéens, va aussi avec cette manifestation une colère, une violence que je condamne.
Et pour le coup, il y a eu clairement un manque de moyens hier soir sur la capitale.
évidemment je condamne toutes ces violences mais nous avons un sujet et nous avons un problème avec le ministre de l'Intérieur, il n'a pas été à la hauteur, il n'a pas rempli sa mission
Cette gestion du maintien de l'ordre, je le répète, la responsabilité première, je vous le répète, je vous le dis, elle revient au gouvernement.
À l'extrême droite, le ton monte. Marine Le Pen accuse les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon ; Marion Maréchal, sur BFM TV, réclame l'état d'urgence et un couvre-feu, et juge qu'il y a « des éléments juridiques pour interroger » la dissolution de La France insoumise.
Les discours des députés de Mélenchon légitiment la violence
Ce que nous avons vu hier, dans la continuité d'ailleurs de ce que nous voyons depuis trois semaines, c'est en fait le summum d'une insurrection racaillot-gauchiste.
Dimanche après-midi : ultimatum, terrorisme et reconstruction
En début d'après-midi, un rassemblement non déclaré place de la République est dispersé au gaz lacrymogène. L'exécutif reprend la main sur l'agenda : réunion de crise à l'Élysée à 17 h 30, allocution du président à 20 h, maires de Paris, Lyon et Marseille reçus lundi à Matignon, Laurent Nuñez attendu à Marseille, Sébastien Lecornu à Limoges dans la semaine. Dans une lettre au maire de Limoges, lue sur BFM TV, le Premier ministre écrit que « la mairie de Limoges sera reconstruite », « car elle est le symbole d'une nation qui ne se laisse ni abattre ni intimider ».
Le maire ne s'en contente pas. En direct sur LCI, il exige un plan écrit de reconstruction et fixe un délai.
Si je n'ai pas ça dans les 48h de la part de Matignon ou de l'Elysée, je mettrai ma démission de maire et celle de ma majorité en balance
À droite et à l'extrême droite, le ton monte encore. Éric Ciotti parle de terrorisme, veut saisir le parquet national antiterroriste et inscrire des « groupes antifa violents » sur les listes terroristes. Le député LR Pierre-Henri Dumont s'en prend à la « nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon et demande, avec Bruno Retailleau, au président « de changer de discours ». Dans un texte lu par CNews, Éric Zemmour estime que « l'heure n'est plus à l'apaisement ». Selon BFM TV, Jordan Bardella doit se rendre dans un commissariat parisien attaqué la veille.
on est face à des actes de terrorisme et il faut que le parquet national antiterroriste se saisisse
la nouvelle France de Jean-Luc Mélenchon, c'est aussi, je le dis, je dis les termes, c'est une France de barbares, au sens premier du terme.
À gauche, Patrick Kanner désigne des casseurs « très politisés », et le maire communiste Denis Öztorun pointe le manque de moyens. Côté insoumis, la ligne ne change pas : Éric Coquerel réclame la démission de Laurent Nuñez, et CNews relit le message posté samedi matin par le député Thomas Portes.
Mais la violence est venue non pas des manifestants, elle est venue d'un groupe de casseurs très politisés, d'ultra-gauche
force est de constater qu'il y avait beaucoup de villes où il n'y avait pas assez de moyens de sécurité
Les premières images qui nous arrivent montrent que la sauvagerie policière sera la règle de la journée
18 h : Marine Le Pen s'adresse aux Français
Deux heures avant le président, la candidate du RN prononce sa propre allocution, diffusée en direct par LCI, France Info et CNews. Elle appelle « tous les Français au calme » et désigne deux responsables. D'un côté, « les forces de la destruction », dont La France insoumise serait la « branche politique » et les groupes antifa la « branche armée » ; de l'autre, « un pouvoir macroniste à bout de souffle ». Elle juge les colères « souvent légitimes », mais invoque aussi « des décennies d'immigration anarchique ». Au même moment, de nouveaux heurts éclatent place de la République.
Ce courant, avec sa branche politique, LFI, et sa branche armée, les groupes antifa
Vous avez vu des destructions et des pillages perpétrés par une alliance entre des groupes de casseurs politisés et des délinquants issus de la banlieue
18 h 40 : Jean-Luc Mélenchon sur LCI, « Allez, d'accord, je vais condamner »
Interrogé en direct sur LCI dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon se dit « sous le choc des images », puis répond d'abord au Premier ministre. Il juge la journée « hautement prévisible au bout de dix jours de pourrissement », rappelle avoir fait « dix fois un discours » sur la non-violence et affirme qu'« à aucun moment, les Insoumis n'ont donné d'autres consignes que des consignes de rassemblement ».
Le mot camp est détestable dans cette affaire.
Quand la journaliste lui demande s'il condamne l'attaque de la mairie de Limoges, il s'exécute, mais pour retourner aussitôt la question : le « ministre de la Police » condamnera-t-il « ceux qui ont tiré à bout portant sur un jeune homme en lui détruisant la figure » ? Il réclame la fin d'une « méthode calamiteuse » appliquée selon lui depuis les gilets jaunes.
Allez, d'accord, je vais condamner.
c'est depuis les Gilets jaunes que toutes les crises sociales sont réglées de la même manière, le pourrissement et la violence policière.
Il nuance pourtant son message de la veille, où il écrivait que « le désordre est organisé par le préfet » : « On me dirait qu'ils veulent le désordre, mais je ne vais pas jusque-là. »
Je me contente de dire qu'ils sont incompétents.
20 h : Emmanuel Macron, « rien ne l'excuse »
Dans une allocution enregistrée d'un peu plus de huit minutes, le président attribue les violences à « des factieux, issus de groupuscules d'ultra-gauche, rejoints par de nombreux délinquants », exprime « le soutien de la nation » aux forces de l'ordre et promet que « ceux qui ont détruit doivent payer » et que « ceux qui ont pillé doivent rembourser ». Il distingue les manifestants aux « revendications légitimes » de ceux qui ont « détruit, cassé, pillé ». Il ne décrète pas l'état d'urgence, mais autorise les préfets à interdire des rassemblements, et appelle les partis et les syndicats à « condamner sans ambiguïté toutes les violences ». Il vise enfin, sans les nommer, ceux qui appellent à la rue à six mois de la présidentielle.
Rien ne le justifie, rien ne l'explique, rien ne l'excuse.
Abîmer la République et voler le débat.
Les premières réactions suivent les lignes de la veille. Jordan Bardella dénonce sur X un « discours lamentable ». Marine Tondelier salue la distinction entre manifestants et casseurs, mais regrette l'absence de tout mot pour les manifestants blessés.
Ce pouvoir lâche et désorienté n'a plus rien à dire aux Français, plus rien à leur offrir.
pas un seul mot pour les deux manifestants qui ont été mutilés hier
Le nuancier : qui a dit quoi
Le graphique classe les 52 responsables politiques retenus selon la position qui domine dans ce qu'ils ont dit à l'antenne. Le tableau qui suit donne, pour chacun, l'essentiel de ses propos.
Position dominante des responsables politiques, par camp (nombre de personnes)
L'exécutif parle d'une seule voix. Le président, le Premier ministre, le ministre de l'Intérieur et le garde des Sceaux défendent les forces de l'ordre, promettent des sanctions et désignent l'ultragauche. Le Premier ministre va plus loin en plaçant La France insoumise dans la « nébuleuse » d'où viendraient les violences.
La droite et l'extrême droite soutiennent la police, et accusent le gouvernement. Marine Le Pen, Jordan Bardella ou Marion Maréchal ciblent l'extrême gauche et LFI, Bruno Retailleau une « sauvagerie » visant les policiers ; mais l'impréparation de l'État revient chez le maire LR de Limoges, chez Matthieu Valet ou dans le message du RN qui demande le départ du ministre. Marion Maréchal va le plus loin : état d'urgence, couvre-feu, et la dissolution de LFI mise sur la table.
Le centre est le camp de la fermeté. Gabriel Attal, Édouard Philippe, Laurent Marcangeli et Thomas Cazenave défendent les forces de l'ordre ; le maire de Bordeaux est le seul à renvoyer dos à dos « l'extrême gauche » et « l'extrême droite ».
La gauche condamne, mais pas au même endroit. Les maires de Paris et de Lyon condamnent sans réserve et défendent la police ; celui de Marseille et l'élue parisienne Lamia El Aaraje accusent un manque de moyens ; Marine Tondelier, Sandrine Rousseau et l'élue communiste Hélène Bidard mettent en cause la doctrine du maintien de l'ordre, comme Olivier Faure, dont seule cette critique a été rapportée à l'antenne. Le sénateur socialiste Patrick Kanner affiche, lui, un soutien sans réserve aux forces de sécurité.
La France insoumise et ses anciens membres accusent d'abord la police et le pouvoir. Jean-Luc Mélenchon, Éric Coquerel, Antoine Léaument et Clémence Guetté parlent du préfet, du ministre ou de la doctrine avant de parler des casseurs, et leurs condamnations viennent tard ou sous la pression des journalistes. Trois responsables relativisent la violence : Bally Bagayoko (« la violence peut être légitime »), Clémentine Autain (la révolte face à « un pouvoir qui ne vous entend pas ») et Raquel Garrido (« appel d'air »). Aucun n'approuve les pillages ou les incendies.
| Responsable | Camp | Position dominante | Ce qu'il ou elle a dit |
|---|---|---|---|
| Emmanuel Macron président de la République | Exécutif | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Sur X samedi : les casseurs « seront poursuivis et punis » ; dimanche à 20 h : des « factieux » d'ultragauche, « rien ne le justifie, rien ne l'explique, rien ne l'excuse ». |
| Sébastien Lecornu Premier ministre | Exécutif | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Désigne une ultragauche « très organisée », place LFI dans une « nébuleuse d'extrême gauche », somme chacun de « choisir son camp ». |
| Laurent Nuñez ministre de l'Intérieur | Exécutif | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Violences « à l'instigation très claire de l'ultra-gauche » ; défend un dispositif « pas sous-dimensionné » ; vise Mélenchon et Tondelier. |
| Gérald Darmanin garde des Sceaux | Exécutif | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Demande aux procureurs une réponse « extrêmement ferme » à des violences « d'une gravité inouïe ». |
| Marine Le Pen RN | Extrême droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Revendications « légitimes » « prises en otage par l'extrême gauche » ; dimanche, dans une allocution, fait de LFI la « branche politique » et des groupes antifa la « branche armée » des casseurs. |
| Jordan Bardella RN | Extrême droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | « Seuls les professionnels du chaos » étaient dans la rue ; vise l'extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon ; juge « lamentable » l'allocution du président. |
| Aleksandar Nikolic RN | Extrême droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Accuse des « black blocs proches de LFI » et des « racailles de banlieue » ; dit son soutien aux forces de l'ordre « un peu lâchées ». |
| Matthieu Valet RN, ancien commissaire | Extrême droite | Condamne, et accuse le gouvernement | Gouvernement et préfet de police « dépassés » ; accuse des députés LFI d'avoir relayé des « kits » de casseurs. |
| Marion Maréchal Identité-Libertés | Extrême droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | « Insurrection racaillot-gauchiste » ; réclame état d'urgence et couvre-feu ; voit « des éléments juridiques pour interroger » la dissolution de LFI. |
| Éric Ciotti UDR | Extrême droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Parle d'« actes de terrorisme », veut saisir le parquet national antiterroriste et inscrire des groupes antifa sur les listes terroristes. |
| Michaël Taverne RN, député | Extrême droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Sur CNews : des « personnalités politiques laxistes » ont nourri l'impunité ; il faut « rétablir l'autorité de l'État ». |
| Gilbert Collard ancien député européen | Extrême droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Sur CNews : un chaos « orchestré par la France insoumise », « ethno-culturellement motivé » ; « l'extrême dernière limite de la guerre civile ». |
| Éric Zemmour Reconquête | Extrême droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Dans un texte lu par CNews : « l'heure n'est plus à l'apaisement », l'État doit « punir fort » ; vise « cette alliance de l'extrême gauche et de la racaille ». |
| Bruno Retailleau LR | Droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | « Sauvagerie sans limite » visant à « blesser ou tuer des policiers et des gendarmes » ; « ces gens ne méritent rien d'autre que la prison ». |
| Valérie Boyer LR, sénatrice | Droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Sur CNews : des casseurs « rejoints par la racaille, excités par un parti politique » ; se dit « choquée par ces drapeaux étrangers ». |
| David Lisnard maire de Cannes | Droite | Condamne, et accuse le gouvernement | Message lu sur CNews : « Comment le gouvernement peut-il laisser les voyous être maîtres de la rue » ? |
| Pierre Oliver LR, maire du 2e arrondissement de Lyon | Droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Sur CNews : « je condamne vraiment fermement cette violence » ; salue le « travail remarquable » des forces de l'ordre. |
| Guillaume Guérin LR, maire de Limoges | Droite | Condamne, et accuse le gouvernement | Accuse un « déferlement de l'extrême gauche », mais « j'en veux beaucoup ce soir au gouvernement » : police à court de munitions dès 15 h 30. |
| Pierre-Henri Dumont LR | Droite | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | « Tout notre soutien aux forces de l'ordre » ; voit dans la « nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon « une France de barbares » ; met en cause le président. |
| Florence Portelli LR | Droite | Condamne, et accuse le gouvernement | « Sentiment de honte » ; chef de l'État et Premier ministre « complètement absents ». |
| Gabriel Attal Renaissance | Centre | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Selon France Info, dénonce des scènes de chaos qui sont une provocation envers l'autorité de l'État. |
| Édouard Philippe Horizons | Centre | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | « La République doit répondre avec la plus grande fermeté aux casseurs qui l'offensent » (propos rapportés). |
| Laurent Marcangeli Horizons | Centre | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | « Mon soutien aux forces de l'ordre » ; impute une « responsabilité très forte » à Jean-Luc Mélenchon. |
| Thomas Cazenave Renaissance, maire de Bordeaux | Centre | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Condamne « avec la plus grande fermeté » ; vise « toutes les forces extrêmes », à l'extrême gauche comme à l'extrême droite. |
| Bruno Le Maire ancien ministre | Centre | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Réclame l'état d'urgence (propos rapportés par LCI). |
| Samuel Soulier Horizons | Centre | Condamne les violences | Sur CNews : « des scènes de chaos qui sont absolument inadmissibles ». |
| Valérie Oppelt ancienne députée Renaissance | Centre | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Sur CNews : déplore l'absence de réaction des députés insoumis à Nantes. |
| Benoît Payan maire de Marseille | Gauche | Condamne, et accuse le gouvernement | Casseurs « idiots utiles de l'extrême droite », à présenter à la justice ; mais l'État a laissé Marseille avec une compagnie de CRS. |
| Emmanuel Grégoire maire de Paris | Gauche | Condamne les violences | « Immense colère » contre les casseurs, éloge d'une jeunesse « magnifique » ; renvoie à plus tard le débat sur le dispositif. |
| Grégory Doucet Écologistes, maire de Lyon | Gauche | Condamne les violences | Condamne les assauts contre les bâtiments publics, remercie les forces de sécurité, refuse la polémique sur les effectifs. |
| Marine Tondelier Écologistes | Gauche | Condamne, mais critique le maintien de l'ordre | Condamne « toute forme de violence » mais incrimine la doctrine du maintien de l'ordre et « 10 ans de macronisme ». |
| Sandrine Rousseau Écologistes | Gauche | Condamne, mais critique le maintien de l'ordre | Juge « inadmissible » l'incendie des mairies, mais tient les forces de l'ordre pour responsables du fait que la situation ne soit pas calme. |
| Ségolène Royal ancienne ministre | Gauche | Condamne, et accuse le gouvernement | Pense aux policiers « très très éprouvés », refuse de parler d'extrême gauche et dénonce « cette destruction de l'État par incapacité, par incompétence et par manque d'anticipation ». |
| Patrick Kanner PS | Gauche | Soutien appuyé aux forces de l'ordre, fermeté | Lille « humiliée, massacrée » par l'ultragauche ; « j'apporte mon soutien aux forces de sécurité » ; refuse d'assimiler LFI aux casseurs. |
| Raphaël Glucksmann Place publique | Gauche | Condamne les violences | « Cette spirale de la violence finira par tous nous engloutir » ; appelle à un « sursaut républicain » (propos rapportés). |
| Olivier Faure premier secrétaire du PS | Gauche | Critique le maintien de l'ordre (seul propos rapporté) | Veut modifier la doctrine du maintien de l'ordre ; aucune autre déclaration de sa part rapportée à l'antenne. |
| Lamia El Aaraje PS, première adjointe à Paris | Gauche | Condamne, et accuse le gouvernement | Des « scènes de pillage méthodiques » sans rapport avec les revendications ; « clairement un manque de moyens hier soir sur la capitale ». |
| David Belliard Écologistes, maire du 11e | Gauche | Condamne, et accuse le gouvernement | « Je condamne toutes ces violences », mais le ministre de l'Intérieur « n'a pas été à la hauteur ». |
| Hélène Bidard PCF, adjointe à Paris | Gauche | Condamne, mais critique le maintien de l'ordre | « J'ai honte » d'un « échec pour la République » : le maintien de l'ordre « n'a pas été correct ». |
| Stéphane Hablot PS, député | Gauche | Condamne, et accuse le gouvernement | Seul élu de gauche sur un plateau de CNews : des « professionnels » exploitent « le mal-être » ; reproche au Premier ministre de politiser (« Lecornu politise »). |
| Denis Öztorun PCF, maire | Gauche | Condamne, et accuse le gouvernement | Soutient les maires touchés et dénonce des voyous organisés, mais « il n'y avait pas assez de moyens de sécurité » dans beaucoup de villes. |
| Fabien Roussel PCF | Gauche | Soutient le mouvement, sans un mot sur les violences | Appelle à des mobilisations plus larges pour le pouvoir d'achat ; rien sur les violences dans ce qui est diffusé. |
| Alexis Corbière député | Ex-LFI | Condamne, et accuse le gouvernement | Violences « moralement inacceptables » et « politiquement absurdes », mais imputées à « 9 ans de macronisme » ; demande la démission de Laurent Nuñez. |
| Danielle Simonnet députée | Ex-LFI | Accuse d'abord la police ou le pouvoir | Dénonce « des scènes d'une violence policière hallucinante » ; ne condamne pas les casseurs dans la séquence. |
| Clémentine Autain députée | Ex-LFI | Relativise ou explique la violence | Face à « un pouvoir qui ne vous entend pas », les jeunes se demandent quoi faire ; ne condamne pas les attaques contre les mairies. |
| Raquel Garrido ancienne députée | Ex-LFI | Relativise ou explique la violence | L'échec des voies pacifiques crée « une sorte d'appel d'air » pour la violence ; affirme que des policiers sont parfois habillés en noir, comme les black blocs. |
| Jean-Luc Mélenchon LFI | LFI | Accuse d'abord la police ou le pouvoir | « Le désordre est organisé par le préfet » ; le soir, ceux qui partagent son combat « n'ont rien à faire dans le pillage » ; dimanche sur LCI : « Allez, d'accord, je vais condamner », puis il renvoie aux violences policières. |
| Éric Coquerel député | LFI | Accuse d'abord la police ou le pouvoir | « La responsabilité première » revient au gouvernement ; condamne l'incendie de Limoges, jugé « extérieur au mouvement ». |
| Antoine Léaument député | LFI | Accuse d'abord la police ou le pouvoir | Accuse la doctrine du maintien de l'ordre ; les black blocs, « ce n'est pas nous » ; méthodes « non violentes ». |
| Clémence Guetté députée | LFI | Accuse d'abord la police ou le pouvoir | À Laurent Nuñez : « votre police » nasse, frappe des adolescents, « vous organisez le chaos ». |
| Thomas Portes député | LFI | Accuse d'abord la police ou le pouvoir | Samedi matin, sur X : « la sauvagerie policière sera la règle de la journée » (message relu dimanche par CNews). |
| Bally Bagayoko maire de Saint-Denis | LFI | Relativise ou explique la violence | Samedi matin, avant les violences, maintient que « la violence peut être légitime, mais elle doit être évitée » ; « la première violence », c'est « la violence institutionnelle ». |
Ce que les chaînes ont montré
Le graphique suit, heure par heure, la part de l'antenne consacrée à la manifestation et à ses violences sur les trois chaînes enregistrées en continu.
Part de l'antenne consacrée à la journée, heure par heure (en % des caractères transcrits)
Les trois chaînes ont basculé ensemble, mais pas avec les mêmes mots. BFM TV a le plus parlé de « casseurs » (326,8 fois par million de caractères, contre 225,7 sur LCI et 241,0 sur France Info) et de « pillages ». France Info a davantage parlé des revendications (« vie chère » : 61,7, contre 17,8 sur BFM TV) et des « violences policières » (14,3, contre 4,1 sur LCI et 1,0 sur BFM TV).
Mots employés à l'antenne, du samedi 6 h au dimanche 13 h (occurrences par million de caractères transcrits ; CNews : ses émissions mises en ligne)
Quand on parle des violences, on parle de LFI. Dans les phrases qui évoquent les violences, La France insoumise ou Jean-Luc Mélenchon sont nommés 46 fois sur BFM TV et 54 fois sur LCI, contre 6 et 10 fois pour le RN. Sur France Info, l'écart est moindre : 53 contre 31.
BFM TV a reçu le plus de responsables politiques. Sur son plateau ou en duplex se sont succédé des responsables de tous les camps, de LFI au RN, souvent dans des débats tendus. LCI a davantage donné la parole à des consultants spécialistes du maintien de l'ordre et à d'anciens policiers. France Info a surtout reçu des syndicalistes et des élus de gauche, CNews des syndicalistes policiers et des élus de droite et d'extrême droite.
Responsables politiques et syndicaux reçus en plateau ou en duplex, du samedi 8 h au dimanche 16 h (personnes distinctes ; CNews : émissions mises en ligne)
Sur CNews : l'insurrection, LFI et l'immigration
Pour samedi et dimanche matin, nous avons transcrit les 13 émissions complètes que CNews a mises en ligne, soit 22,8 heures d'antenne, et ses extraits. La chaîne a consacré au sujet une part comparable aux autres (47,6 % de ces émissions), mais avec d'autres mots. « Insurrection » y revient 77,8 fois par million de caractères, contre 10,2 à 14,9 sur les trois autres chaînes ; « émeutiers », 109,9 fois, contre 21,0 à 41,5 ; « extrême gauche », 81,9 fois. À l'inverse, « manifestants » et « vie chère » y sont au plus bas des quatre chaînes. Quand les violences sont évoquées, LFI ou Jean-Luc Mélenchon sont nommés 47 fois, le RN 6 fois.
Sur ses plateaux, presque pas de gauche. Un seul élu de gauche y a débattu, le député socialiste Stéphane Hablot, samedi soir, contredit à plusieurs reprises par le présentateur ; les maires de Marseille et de Lyon n'y apparaissent qu'au téléphone ou en point presse. Les responsables invités venaient de la droite et de l'extrême droite : Michaël Taverne, Matthieu Valet et Aleksandar Nikolic pour le RN, Valérie Boyer et Pierre Oliver pour LR, Gilbert Collard, Bruno North, entourés de nombreux syndicalistes policiers. Les messages de Jean-Luc Mélenchon ou de Clémence Guetté y sont lus pour être aussitôt réfutés.
Des cibles que les autres chaînes nomment moins. Comme ailleurs, LFI, l'ultragauche, le président et le ministre de l'Intérieur sont mis en cause ; mais l'immigration et les « jeunes de quartier » reviennent explicitement, chez des invités comme chez des chroniqueurs. On y débat aussi de mesures que les autres chaînes évoquent à peine : état d'urgence, recours à l'armée, classement des groupes antifa comme terroristes, dissolution de LFI.
ethno-culturellement motivé
choquée par ces drapeaux étrangers
Lecornu politise
Limites
Les transcriptions sont automatiques : des mots et des noms sont mal reconnus, et la transcription n'indique pas qui parle. Nous n'avons attribué une parole que lorsque le contexte le permettait sans doute possible (annonce de l'invité, citation présentée comme telle). Les réactions publiées sur les réseaux sociaux ne sont prises en compte que si elles ont été lues ou citées à l'antenne. La position dominante attribuée à chacun résume ce qui a été entendu à l'antenne, pas l'ensemble de ses prises de parole.
Image de partage : photo de Jorge Jaramillo, Paris, 17 octobre 2026 (Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0), recadrée et légendée ; l'image ainsi modifiée est diffusée sous la même licence.
Tous les chiffres sont issus des données de VigiNews. Les bilans (manifestants, interpellations, blessés) sont ceux annoncés à l'antenne par le gouvernement, les préfectures ou les organisateurs. Voir aussi notre article sur Jean-Luc Mélenchon à l'antenne et la page Présidentielle 2027.
Source à citer : VigiNews, vigi.news. Les extraits sont des transcriptions automatiques de propos tenus à l'antenne ; ils peuvent contenir des erreurs de transcription et n'identifient pas la personne qui parle.